Les faucons gagnent contre les éoliennes de l'EDF

Article paru dans reporterre.net 01-03-2021

faucon

Les faucons menacés gagnent contre les éoliennes d’EDF#

Le 2 mars dernier, la cour d’appel de Versailles a condamné sept sociétés éoliennes, toutes filiales d’EDF Renouvelables, pour la mort de faucons crécerellettes : le producteur d’électricité ne disposait pas d’autorisation ni de dérogation à la destruction de cette espèce menacée d’extinction.

L’affaire se situe sur le causse d’Aumelas, à l’ouest de Montpellier, une des dernières grandes réserves de biodiversité de la plaine de l’Hérault. En 2002, Alain Ravayrol, naturaliste spécialiste des rapaces, y aurait découvert une petite colonie de faucons crécerellettes (Falco naumanni), « une espèce très grégaire, qui niche dans les villages autour de sa zone de chasse ». C’est dans ce secteur, avec plusieurs aires classées « zones de protection spéciale » pour l’avifaune, qu’EDF Renouvelables a entrepris, via des filiales, la construction de trente-et-une éoliennes.

Dès 2011, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de l’Hérault, chargée du suivi de mortalité obligatoire sur tous les parcs éoliens, a relevé au pied des mâts deux cadavres de faucons crécerellettes. Puis trois autres en 2012. La branche locale de l’association environnementale connaît bien le sujet puisqu’elle avait participé à l’élaboration de l’étude d’impact des projets qui répertoriait alors une vingtaine de couples d’oiseaux. L’étude concluait que « le risque de mortalité apparaît très faible et insuffisant pour compromettre l’augmentation de la population ».

Depuis, la LPO de l’Hérault travaille avec EDF pour réaliser les suivis de mortalité des espèces, notamment dans le cadre du Plan national d’actions en faveur du faucon crécerellette. Une manière de « comprendre et caractériser finement les impacts en accompagnant la filière pour les réduire », précise Nicolas Saulnier, directeur de la LPO dans l’Hérault. Une ressource financière également non négligeable pour l’association, puisqu’elle représente 5 à 10 % de son budget annuel.

Multiplier par « trois ou quatre la mortalité observée » La découverte des premiers cadavres recensés a poussé EDF Renouvelables à équiper, en 2013, le site de deux machines dites DTBird — des dispositifs de détection et d’effarouchement — avant d’être contrainte par les services de l’État d’en installer l’année suivante dans l’ensemble du parc. Mais l’efficacité s’est avérée relative sur les faucons crécerellettes, qui ont continué de mourir sous les pales d’Aumelas : on en compte cinq en 2013, quatre en 2014 comme en 2015, et sept en 2016.

Au-delà des constats directs, il y a tous les oiseaux non détectés, car rapidement récupérés par des prédateurs comme les renards, « sans oublier les conséquences sur les nichées qui dépendent de la nourriture rapportée par l’oiseau abattu », explique Alain Ravayrol. Selon le spécialiste, il faut « au minimum multiplier par trois ou quatre la mortalité observée » pour obtenir une estimation plus fiable. Et le faucon crécerellette n’est pas la seule victime : « Ces éoliennes flinguent des busards cendrés, des martinets, des martins-pêcheurs et des passereaux », s’alarme le naturaliste. La situation inquiétait même au sein de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) Occitanie, d’où a émergé en 2019 un rapport de manquement demandant une mise en demeure rapide d’EDF Renouvelables. Mais la hiérarchie de l’administration ne l’a pas fait.

« Jamais je n’ai vu un dossier aussi monolithique », dit à Reporterre Olivier Gourbinot, juriste de France Nature Environnement (FNE) en Languedoc-Roussillon. Plutôt que d’attaquer l’État, « qui n’agit pas pour faire respecter le droit de l’environnement », FNE a porté l’affaire au civil afin de faire reconnaître la responsabilité des exploitants des éoliennes. L’enjeu : vérifier si ces derniers ont le droit de détruire des espèces protégées sans détenir de dérogation pour cela.

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